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19/07/2017

Charles-Marie LECONTE DE LISLE   (1818-1894) source les classiques

Les éléphants

Le sable rouge est comme une mer sans limite,
Et qui flambe, muette, affaissée en son lit.
Une ondulation immobile remplit
L'horizon aux vapeurs de cuivre où l'homme habite.

Nulle vie et nul bruit. Tous les lions repus
Dorment au fond de l'antre éloigné de cent lieues,
Et la girafe boit dans les fontaines bleues,
Là-bas, sous les dattiers des panthères connus.

Pas un oiseau ne passe en fouettant de son aile
L'air épais, où circule un immense soleil.
Parfois quelque boa, chauffé dans son sommeil,
Fait onduler son dos dont l'écaille étincelle.

Tel l'espace enflammé brûle sous les cieux clairs.
Mais, tandis que tout dort aux mornes solitudes,
Lés éléphants rugueux, voyageurs lents et rudes
Vont au pays natal à travers les déserts.

D'un point de l'horizon, comme des masses brunes,
Ils viennent, soulevant la poussière, et l'on voit,
Pour ne point dévier du chemin le plus droit,
Sous leur pied large et sûr crouler au loin les dunes.

Celui qui tient la tête est un vieux chef. Son corps
Est gercé comme un tronc que le temps ronge et mine
Sa tête est comme un roc, et l'arc de son échine
Se voûte puissamment à ses moindres efforts.

Sans ralentir jamais et sans hâter sa marche,
Il guide au but certain ses compagnons poudreux ;
Et, creusant par derrière un sillon sablonneux,
Les pèlerins massifs suivent leur patriarche.

L'oreille en éventail, la trompe entre les dents,
Ils cheminent, l'oeil clos. Leur ventre bat et fume,
Et leur sueur dans l'air embrasé monte en brume ;
Et bourdonnent autour mille insectes ardents.

Mais qu'importent la soif et la mouche vorace,
Et le soleil cuisant leur dos noir et plissé ?
Ils rêvent en marchant du pays délaissé,
Des forêts de figuiers où s'abrita leur race.

Ils reverront le fleuve échappé des grands monts,
Où nage en mugissant l'hippopotame énorme,
Où, blanchis par la Lune et projetant leur forme,
Ils descendaient pour boire en écrasant les joncs.

Aussi, pleins de courage et de lenteur, ils passent
Comme une ligne noire, au sable illimité ;
Et le désert reprend son immobilité
Quand les lourds voyageurs à l'horizon s'effacent

22/06/2017

Tu seras un homme mon fils

    Si tu peux voir détruit l'ouvrage de ta vie
    Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
    Ou perdre en un seul jour le gain de cent parties
    Sans un geste et sans un soupir,
    Si tu peux être amant sans être fou d'amour ;
    Si tu peux être fort sans cesser d'être tendre
    Et te sentant haï sans haïr à ton tour,
    Pourtant lutter et te défendre ;

    Si tu peux supporter d'entendre tes paroles
    Travesties par des gueux pour exciter des sots
    Et entendre mentir sur toi des bouches folles,
    Sans mentir toi-même d'un mot ;
    Si tu peux rester digne en étant populaire,
    Si tu peux rester peuple en conseillant les Rois
    Et si tu peux aimer tous tes amis en frères,
    Sans qu'aucun d'eux soit tout pour toi ;

    Si tu sais méditer, observer et connaître,
    Sans jamais devenir sceptique ou destructeur,
    Rêver mais sans laisser ton rêve être ton maître,
    Penser, sans n'être qu'un penseur ;
    Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
    Si tu peux être brave et jamais imprudent,
    Si tu peux être bon, si tu sais être sage,
    Sans être moral ni pédant ;

    Si tu peux rencontrer triomphe après défaite
    Et recevoir ces deux menteurs d'un même front.
    Si tu peux conserver ton courage et ta tête
    Quand tous les autres la perdront ;

    Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
    Seront à tout jamais tes esclaves soumis
    Et ce qui vaut bien mieux que les Rois ou la Gloire,
    Tu seras un homme mon fils.

    Rudyard Kipling.
    Traduction d'André Maurois, dans "Les Silences du colonel Bramble"

02/03/2015

   Invitation de la Folie !


     (fable de Jean de la Fontaine).

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La Folie décida d'inviter ses amis pour prendre un café chez elle.
Tous les invités y allèrent.
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Après le café la Folie proposa :
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- On joue à cache-cache ? 
>  
- Cache-cache ? C'est quoi, ça ? demanda la Curiosité.
>  
- Cache-cache est un jeu. Je compte jusqu'à cent et vous vous cachez.
Quand j'ai fini de compter… je cherche, et le premier que je trouve sera le prochain à compter.  
Tous acceptèrent, sauf la Peur et la Paresse. 
>  
- 1, 2, 3… La Folie commença à compter.
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L'Empressement se cacha le premier, n'importe où.
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La Timidité, timide comme toujours, se cacha dans une touffe d'arbre. 
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La Joie courut au milieu du jardin.
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La Tristesse commença à pleurer, car elle ne trouvait pas d'endroit approprié pour se cacher. 
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L'Envie accompagnle Triomphe et se cacha près de lui derrière un rocher.
La Folie continuait de compter tandis que ses amis se cachaient.
>  
Le Désespoir était désespéré en voyant que la Folie était déjà à 99. 
CENT ! cria la Folie, je vais commencer à chercher...
La première à être trouvée fut la Curiosité, car elle n'avait pu s'empêcher de sortir de sa cachette pour voir qui serait le premier découvert.
En regardant sur le côté, la Folie vit le Doute au-dessus d'une clôture ne sachant pas de quel côté il serait mieux caché.
Et ainsi de suite, elle découvrit la Joie, la Tristesse, la Timidité...
Quand ils étaient tous réunis, la Curiosité demanda : 
- Où est l'Amour ?
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Personne ne l'avait vu.
>  
La Folie commença à le chercher. Elle chercha au-dessus d'une montagne, dans les rivières au pied des rochers. 
>  
Mais elle ne trouvait pas l'Amour.
>  
Cherchant de tous côtés, la Folie vit un rosier, prit un bout de bois et commença à chercher parmi les branches, 
lorsque soudain elle entendit un cri : C'était l'Amour, qui criait parce qu'une épine lui avait crevé un œil.
La Folie ne savait pas quoi faire. Elle s'excusa, imploral'Amour pour avoir son pardon et alla jusqu'à lui promettre de le suivre pour toujours. 
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L'Amour accepta les excuses.    
>  
Aujourd'hui, l'Amour est aveugle et la Folie l'accompagne toujours...



26/09/2014

L'isolement

alt=Description de cette image, également commentée ci-après Alphonse de LAMARTINE


                    Né à Mâcon le 21 octobre 1790
                    Mort à Paris le 28 février 1869 (source wikipedia)

                   L'isolement
                   
                  Souvent sur la montagne, à l'ombre du vieux chêne,
                  Au coucher du soleil, tristement je m'assieds:
                  Je promène au hasard mes regards sur la plaine,
                  Dont le tableau au changeant se déroule à mes pieds.

                 Ici gronde le fleuve aux vagues écumantes;
                 Il serpente, et s'enfonce en un lointain obscur;
                 Là le lac immobile étend ses eaux dormantes
                 où l'étoile du soir se lève dans l'azur.

                Au sommet de ces monts couronnés de bois sombres,
                Le crépuscule encore jette un dernier rayon;
                Et le char vaporeux de la reine des ombres
                Monte et blanchit déjà les bords de l'horizon.

               Cependant, s'élançant de la flèche gothique,
               un son religieux se répand dans les airs;
               Le voyageur s'arrête, et la cloche rustique
               Aux derniers bruits du jour mêle de saints concerts

              Mais à ces doux tableaux mon âme indifférente
              N'éprouve devant eux ni charmes ni transports;
              je contemple la terre ainsi qu'une ombre errante
              Le soleil des vivants n'échauffe plus les morts

              De colline en colline en vain portant ma vue,
              Du sud à l'aquilon, de l'aurore au couchant,
              Je parcours tous les points de l'immense étendue
              Et je dis; "Nulle part le bonheur ne m'attend"

             Que me font ces vallons, ces palais, ces chaumières,
             Vains objets dont pour moi le charme est envolé?
             Fleuves, rochers, forêts, solitudes si chères,
             Un seul être vous manque et tout est dépeuplé!  
                  
            Que le tour du soleil ou commence ou s'achève,
            D'un œil indifférent je suis dans son cours;
            En un ciel sombre ou pur qu'il se couche ou se lève
            Qu'importe le soleil? je n'attends rien de ces jours  

           Quand je pourrais le suivre en sa vaste carrière
           Mes yeux verraient partout le vide et les déserts;
           Je ne désire rien de tout ce qu'il éclaire;
           Je ne demande rien à l'immense univers:

           Mais peut-être au delà des bornes de sa sphère
           Lieux où le vrai soleil éclaire d'autres cieux,
           Si je pouvais laisser ma dépouille à la terre,
           ce que j'ai tant rêvé paraîtrait à mes yeux!

           Là, je n'enivrerais à la source où j'aspire;
           Là, je retrouverais et l'espoir et l'amour
           Et ce bien idéal que toute âme désire,
           Et qui n'a pas de nom au terrestre séjour!

           Que ne puis-je porté sur le char de de l'aurore,
           Vague objet de mes voeux, m' élancer jusqu'à toi
           Sur la terre d'exil pourquoi resté-je encore?
           Il n'est rien se commun entre la terre et moi.

          Quand la feuille des bois tombe dans la prairie,
          Le vent du soir s'élève et l'arrache aux vallons
          Et moi je suis semblable à la feuille flétrie
          Emportez moi comme elle, orageux, aquilons!

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31/07/2014

La lorelei Heinrich HEINE

 

La LORELEI découverte en cours d'allemand m'a touché au coeur.
Mon professeur d'allemand, malgré l'interdiction des nazis l'a faite connaître à ses élèves, au péril de sa vie.

Lisez ce texte qui est si beau et qui porte à la rêverie.
Suivez les marins du rhin dans leur folle escapade.  
                                                                                         Traduction de Pierre Le Pan ( wikipedia )
Ich weiß nicht was soll es bedeuten,                                               Je ne sais dire d'où me vient
Daß ich so traurig bin;                                                                    La tristesse que je ressens.                          
Ein Märchen aus alten Zeiten,                                                        Un conte des siècles anciens
Das kommt mir nicht aus dem Sinn.                                                Ne me sort pas de l'esprit
Die Luft ist kühl und es dunkelt,                                                     L'air est frais et sombre le ciel,

Und ruhig fließt der Rhein;                                                             Le Rhin coule paisiblement
Der Gipfel des Berges funkelt                                                         Les sommets sont couleur de miel            
Im Abendsonnenschein.Hante mon esprit et mes sens.                    Aux rayons du soleil couchant.
Die schönste Jungfrau sitzet                                                          Là-haut assise est la plus belle
Dort oben wunderbar;                                                                   Des jeunes filles, une merveille
Ihr goldenes Geschmeide blitzet,                                                   Sa parure d'or étincelle,
Sie kämmt ihr goldenes Haar.                                                        Sa chevelure qu'elle peigne    
Sie kämmt es mit goldenem Kamme                                              Avec un peigne d'or est pareille
Und singt ein Lied dabei;                                                              Au blond peigne d'or du soleil,
Das hat eine wundersame,                                                            Et l'étrange chant qu'elle chante
Gewaltige Melodei.                                                                      Est une mélodie puissante
Den Schiffer im kleinen Schiffe                                                     Le batelier sur son esquif
Ergreift es mit wildem Weh;                                                         Est saisi de vives douleurs,
Er schaut nicht die Felsenriffe,                                                     Il ne regarde pas le récif,
Er schaut nur hinauf in die Höh.                                                    Il a les yeux vers les hauteurs
Ich glaube, die Wellen verschlingen                                              Et la vague engloutit bientôt
Am Ende Schiffer und Kahn;                                                         Le batelier et son bateau...
Und das hat mit ihrem Singen                                                      C'est ce qu'a fait au soir couchant
die Lorelei getan.                                                                        La Lorelei avec son chant.











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